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La Chronique de Mariannick n°3

Joie, envie de danser ou apaisement, mais aussi sentiment d’attachement et de sécurité peuvent être provoqués par la musique. Développer l’écoute offre de nombreux bénéfices, dès le plus jeune âge dans le ventre de la mère et jusqu’à l’âge adulte…

L’ouïe se développe dès la vie utérine, particulièrement à partir du dernier trimestre de la grossesse. Ce sens est ensuite très sollicité lors des premières comptines et lectures partagées, il se développe encore avec l’écoute de musiques ou d’histoires lues, avec la radio et les podcasts enfin quand on devient ado puis adulte. L’ouïe peut être vecteur de nombreux bienfaits dans notre quotidien tout au long de la vie, en particulier quand il est sollicité seul, déconnecté d’un écran… Focus sur la musique chez le bébé et le jeune enfant.

L’essentiel à retenir

Le cerveau d’un enfant qui écoute de la musique est très sollicité. La musique aide au développement des capacités intellectuelles. L’écoute de la musique contribue également au développement de la conscience corporelle, des habilités motrices du bébé, puis de ses capacités langagières. Les recherches qui ont voulu comprendre les fondements scientifiques de tels ressentis universels, ont montré comment l’écoute de la musique augmente la production d’ocytocine, l’hormone de l’attachement et du bonheur, et d’immunoglobuline A, l’anticorps qui renforce le système immunitaire. Et la musique douce peut diminuer le taux de cortisol, l’hormone du stress. Toucher son bébé, le porter, danser, chanter avec lui au son d’une musique, participe donc à son bon développement et à une bonne relation. L’important c’est comment la musique fait lien avec l’autre.

Mises en garde

Les spécialistes du développement du fœtus mettent en garde les parents sur la stimulation sonore entre la 22ème et la 32ème semaine de la grossesse en posant des écouteurs sur le ventre maternel. L’excitabilité de certaines musiques et l’écoute longue et passive de sons peuvent finir par avoir des effets non désirés et problématiques : irritabilité, instabilité et fatigue de l’enfant. Attention également à protéger les oreilles très fragiles de votre tout petit avec un casque, lors de concerts par exemple.

In utéro

Le bébé baigne dans un monde sonore fait des bruits internes du corps de sa mère et de bruits provenant de l’extérieur. De nombreuses études ont démontré qu’in-utéro, le bébé entend les bruits extérieurs et qu’il manifeste des réactions physiologiques en conséquence (clignement des yeux, modification du rythme cardiaque, sursaut), qu’il peut déjà en ressentir les effets positifs ou négatifs et qu’il peut s’habituer à certaines répétitions et même en garder un souvenir après la naissance. D’ailleurs, dans le ventre maternel, le bébé ne réagit pas de la même façon s’il entend de la musique ou d’autres bruits. Il faut d’ailleurs savoir que le ventre maternel filtre le son différemment selon sa fréquence (il entend mieux les graves) ou la distance avec la source sonore, donc tous les sons ne lui parviennent pas de la même façon. Certains vont être amplifiés d’autres atténués, d’autres encore ne lui parviendront jamais. De ce fait, les spécialistes du développement du fœtus mettent en garde les parents sur la stimulation sonore entre la 22ème et la 32ème semaine de la grossesse en posant des écouteurs sur le ventre maternel. Cela pourrait blesser l’appareil auditif en devenir. De toute façon, le son que le bébé préfère c’est la voix de sa mère, d’autant plus si elle s’adresse à lui, et encore plus si elle chante. La voix de la mère, c’est la première musique que le bébé entend, ressent, reconnaît et aime. Car bien avant l’accès aux significations, le bébé entend la langue maternelle non pas comme des mots avec du sens mais comme une musique. La langue maternelle est faite de rythme, de hauteurs de ton, d’accents, de prosodie… Le sens des mots n’est pas encore là, seule la musicalité de la langue est reçue par le bébé. Il la reconnaît parmi d’autres et c’est un des premiers éléments qui l’apaise.

La répétition comme un cocon pour affronter le monde

En grandissant, le bébé entre dans un monde de sens et en découvrant le langage, il entre dans une quête de sens. Mais, il se réjouit toujours de la répétition des comptines, autres ritournelles et sons fredonnés ou chantés (d’autant plus par les parents). En lui faisant écouter de la musique, le bébé retrouve la réjouissance de ce monde hors-sens dans lequel il est né, baigné dans la voix musicale de la langue maternelle. L’enfant vient au monde musicalement, la musique qu’on lui proposera par la suite c’est la continuité, le lieu de mémoire de son origine. C’est le lien à l’autre qui se manifeste dans la musique, ce premier lien d’attachement. Chantonner, fredonner, mettre un fond musical et jouer, danser, explorer le monde sonore avec bébé, aide à la création et au maintien d’un lien d’attachement de qualité entre le parent et son bébé. La musique enveloppe le parent et son enfant, c’est un cocon dans lequel se loger qui aidera à affronter le monde.

La musique aide au développement intellectuel

La recherche scientifique (médicale, neurologique, psychologique) explore depuis des dizaines années les effets et surtout les bienfaits de la musique sur le tout-petit. Ces multiples recherches ont mis en évidence les nombreux effets de l’écoute musicale sur le cerveau, le système nerveux et le système hormonal des enfants. La musique classique en général et l’œuvre de Mozart en particulier ont beaucoup servi d’expérimentations. Le cerveau d’un enfant qui écoute de la musique est très sollicité, de nombreuses zones s’activent. Les conclusions de ces études sont sans appel. La musique aide au développement des capacités intellectuelles, permet une meilleure concentration, favorise le développement du langage, agit sur la régulation émotionnelle mais aussi favorise les compétences sociales du bébé et du jeune enfant.

…Mais aussi corporel

L’écoute de la musique contribue également au développement de la conscience corporelle et des habilités motrices du bébé. En entendant une chanson, une musique, les bébés mobilisent leur corps. Ils se balancent, sautillent, agitent les bras et les jambes. Debout, le bébé fléchit ses genoux de façon rythmée, remue ses bras, ses mains. Tout cela contribue à la construction du schéma corporel du jeune enfant, à développer ses compétences motrices ou encore à se situer dans l’espace.

Impact sur le langage et les émotions

Les études sur la musique et les bébés ont montré aussi comment l’apprentissage de la musique est très lié à l’apprentissage du langage. Les capacités langagières sont favorisées grâce à l’écoute de chanson et de musique. Et il semble que les enfants qui vivent dans un quotidien musical développe de bonnes capacités de communication sociales. Enfin, la musique a des effets et des bienfaits sur les émotions. Nous ressentons tous comment la musique peut nous mettre en joie, nous redonner le sourire, nous calmer, nous aider à nous endormir, ou nous stimuler. Tous ces effets se retrouvent chez les bébés. Les recherches qui ont voulu comprendre les fondements scientifiques de tels ressentis universels, ont montré comment l’écoute de la musique augmente la production d’ocytocine, l’hormone de l’attachement et du bonheur, et d’immunoglobuline A, l’anticorps qui renforce le système immunitaire. Et la musique douce peut diminuer le taux de cortisol, l’hormone du stress. Partager un moment avec son bébé accompagné par la musique crée de bonnes conditions pour développer un lien d’attachement de qualité sécurisant. L’apaisement que procure la musique ou la joie qu’elle suscite aide à créer les conditions nécessaires au sentiment de sécurité de son enfant

Attention à la fatigue sonore

En fait, l’important c’est comment la musique fait lien avec l’autre. Poser son bébé sur son tapis d’éveil et mettre le répertoire de Mozart en fond n’est pas le plus intéressant ni pour lui ni pour son parent. D’ailleurs, attention à la fatigue sonore. Le bébé a un niveau de fatigabilité élevé, l’éveil des sens n’a pas besoin d’être fait des heures durant. L’excitabilité de certaines musiques et l’écoute longue et passive de sons peuvent finir par avoir des effets non désirés et problématiques : irritabilité, instabilité et fatigue de l’enfant. Attention également à protéger les oreilles très fragiles de votre tout petit. L’essentiel est de considérer la musique chez le bébé et le jeune enfant dans la relation avec son parent.

Chaque moment peut être prétexte à l’éveil musical

Toucher son bébé, le porter, danser, chanter avec lui au son d’une musique, participe à son bon développement et à une bonne relation. La musique peut enrichir toutes les tâches du quotidien avec son enfant comme le change, le repas, la toilette ou le coucher. Et l’éveil musical peut se faire sans compétences parentales particulières. Un hochet, une chanson fredonnée ou une radio allumée et vous pouvez interagir avec votre jeune enfant, lui faire bénéficier de tous les bienfaits de la musique et profiter de créer une belle relation avec votre petit-être tout en le préparant à vivre dans le monde.

Cette chronique vous est proposée par Mariannick Lottin.

Mariannick Lottin est psychologue de l’enfant et de l’adolescent à l’Hôpital du Bon Sauveur. Elle vient par ailleurs de créer une activité libérale spécialisée dans l’accompagnement à la parentalité sur Albi : « Les ateliers bébé zen ». Animatrice en baby yoga certifiée par Graine de massage, elle souhaite aider les parents et futurs parents à créer un lien précoce avec leur bébé et propose de nombreux ateliers parents-enfants (ateliersbebezen).

Crédit photos : Pexels