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La Chronique de Mariannick n°4

Comment comprendre les comportements d’opposition de son ado ? Et comment l’accompagner dans son développement et mieux supporter ce temps agité « de crise d’adolescence » ?

Avec la puberté, l’enfant devient adolescent. Aux yeux du monde, des autres, autant qu’à ses propres yeux, son corps change. Ce bouleversement identitaire s’exprime aussi par de nouveaux comportements. L’adolescent.e boude, crie, n’est jamais d’accord avec ses parents ou exige toujours plus : autant de conduites d’opposition qui ne sont pas toujours simples à gérer au quotidien et qui peuvent emmener à consulter un « psy ».

Parfois, la violence est telle qu’il est essentiel de chercher des tiers soutenant pour comprendre cette violence qui est toujours l’expression d’une souffrance, une souffrance à être. Mais qu’arrive-t-il à l’adolescent.e ? Comment comprendre ses comportements d’opposition ? Et comment accompagner son enfant dans son développement et mieux supporter en tant que parent ce temps agité dit de la crise d’adolescence ?

Recherche de la bonne distance à créer

L’adolescence est un processus qui engage des modifications et des bouleversements principalement identitaires. Ce temps dit de la crise d’adolescence met en évidence le travail psychique interne que l’ado doit mener. Avec les changements pubertaires, l’ado acquiert une identité sexuelle qui l’oblige à se détourner de ses parents.

De fait, l’ado doit modifier la relation qu’il a avec ses premiers objets d’amour, ses premiers objets d’attachement que sont les parents et plus largement la famille pour se tourner vers l’extérieur là où la sexualité pourra advenir. Toutes les marques d’opposition (bouder, crier, s’énerver voire agresser) peuvent témoigner de la recherche de cette nouvelle distance à trouver, à créer avec les parents.

Une nouvelle naissance à soi-même, un deuil de l’enfance

Au-delà de l’accès à une identité sexuelle, c’est l’individuation qui se travaille à l’adolescence. Construire un « être soi-même» et s’assurer de la solidité de son identité. Comme le dit Philippe Jeammet, pédopsychiatre et psychanalyste français, l’adolescence et l’entrée dans la vie adulte est « l’occasion d’une nouvelle naissance, non pas à la vie mais à soi-même ». Ce processus entraîne l’ado dans des mouvements contradictoires. Il doit pouvoir s’aventurer dans des expériences extérieures et se confronter aux risques des premiers mouvements d’autonomie, ce qui implique un travail de séparation essentiel mais difficile d’avec les parents. En même temps, pour se constituer une identité propre individuée et différenciée, il doit pouvoir abandonner l’image de lui enfant, l’image qu’il s’est construite de l’enfant qu’il est pour ses parents et supporter de ne plus être cet enfant pour eux.

C’est un vrai travail de deuil qu’il doit réaliser et que les parents doivent également faire. Ce double travail de séparation et de deuil nécessite un fort soutien de la part des parents. Il ne peut s’engager dans la voie de l’autonomisation sans ses parents ou ses figures premières d’attachement. Là est toute la contradiction du processus adolescent, contradiction qui l’emmène à des comportements qui l’éloignent physiquement et psychiquement de ses parents tout en attendant en retour l’assurance de la solidité du lien avec eux.

Quand l’ado s’oppose, il revendique sa différence, ce travail en cours de séparation et d’individuation. Les réactions parentales d’incompréhension le rassure sur le fait qu’il est bien en train de se différencier. Mais l’ado a besoin d’être aussi rassuré sur le fait que cette différence qui émerge ne va pas venir détruire le lien qui l’unit à ses parents. Quand l’ado s’oppose, il exprime alors la contradiction du processus dans lequel il est empêtré : être différent pour advenir à soi-même et se créer une identité propre permettant d’entrer dans le monde des adultes et, vérifier que devenir adulte et se séparer ne détruit personne, que personne n’est coupable de ça et que le lien résiste.

« L’adolescent veut se rendre indépendant de ses parents, mais en même temps, il a besoin de compter sur eux et d’être rassuré sur le fait qu’ils sont, comme lui, suffisamment indépendants et forts pour qu’il n’ait pas à se sentir coupable chaque fois qu’il s’éloigne ou se différencie d’eux » résument Luigi Onnis, Marco Bernardini tous les 2 psychiatres italiens et Carlotta Romano et Alessia Veglia psychologues italiennes. L’ado et ses parents traversent une épreuve commune et la première réponse des parents à l’ado opposant devrait être de valoriser l’effort qu’il fournit pour vivre cette épreuve. Il est important que les parents soient présents, attentifs et réagissent aux comportements opposants de leur ado car réagir c’est reconnaître le bouleversement interne de son ado, lui assurer qu’on est présents et surtout l’assurer de la valeur qu’il a à nos yeux et qu’il garde malgré tous ses changements.

Réagir c’est dire ! Dire son incompréhension mais en même temps son amour, dire son ras-le-bol mais dire qu’on est là, dire les règles fondamentales de la vie en société (on ne se fait pas de mal, on ne fait de mal à personne) et dire qu’il y a des limites qui peuvent évoluer, dire qu’on ne le reconnaît pas, plus, peut-être, mais que la valeur qu’il a pour nous, elle, ne changera jamais. Votre ado s’oppose parce qu’il a un travail important mais difficile à faire pour préparer sa vie d’adulte, vous en tant qu’adultes et parents vous allez devoir survivre à ses assauts pour l’accompagner.

Cette chronique vous est proposée par Mariannick Lottin.

Mariannick Lottin est psychologue de l’enfant et de l’adolescent à l’Hôpital du Bon Sauveur. Elle vient par ailleurs de créer une activité libérale spécialisée dans l’accompagnement à la parentalité sur Albi : « Les ateliers bébé zen ». Animatrice en baby yoga certifiée par Graine de massage, elle souhaite aider les parents et futurs parents à créer un lien précoce avec leur bébé et propose de nombreux ateliers parents-enfants (ateliersbebezen).

Crédit photos : Pexels